:: Gestion :: Réévaluations Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

[Rééval] Après l'apocalypse.

avatar
Callie
Fonda. Peesha Chief, Balls of Steel.
Messages : 23
Age : 22
Classe : Novice
Localisation : Dans un hôpital, probablement.
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 29 Juil - 1:04
Après l’apocalypse.


« Alors toi, t’as pas compris. »
Tout est parti de là. Son cœur s’emballe, l’adrénaline qui la maintenait calme jusque-là se dissipe. Elle sent tout son corps défaillir, la lâcher complètement, parce qu’elle comprend. Son marché est une erreur. Ici, maintenant, l’homme que tous craignent va la tuer. C’est la fin. C’est la seule chose qui parvient à se frayer un chemin à travers le brouhaha des battements de son cœur : « Je vais mourir. C’est fini. » Le monstre empoigne son épée avant de la relâcher. Peu importe l’autre apparition, Callie n’y fait même pas attention. Elle ne saurait dire si l’homme qui vient de passer est blond, brun ou roux, ou même si c’était vraiment un homme. Il est apparu puis reparti, son cerveau n’a pas le temps d’enregistrer l’information qu’il n’est déjà plus là.

Le bruit des pas de Death la ramène à la réalité. Absurde réalité. Du cran, hein ? À trop vouloir en faire, la voilà dans un face-à-face direct avec la mort. Dans tous les sens du terme. Calliope se résigne et ferme les yeux. Au moins, de nombreuses vies auront été sauvées, non ? Les battements de son cœur apeuré couvrent la voix tonitruante du bonhomme et lui donnent l’impression d’amortir la pichenette qu’il lui assène. Une larme roule sur ses joues alors qu’elle s’envole à travers la bâtisse, pour une durée qui lui paraît être une éternité.

Et après, quoi ?
Eh bien après, rien.

Son corps entier la brûle, mais Callie n’a pas la force de bouger. Se tenir consciente pour comprendre ce qui se passe lui demande un effort surhumain. La médecin voit les silhouettes partir, puis l’ombre l’engloutit toute entière. Le noir, le silence, le vide. Le néant. Mais dans le néant, une lueur d’espoir subsiste : Calliope n’est pas morte. À ce stade, c’est tout ce qui compte.

***


« Gnn … »
Callie ouvre difficilement les yeux. Où est-elle ? Que s’est-il passé ? Pourquoi tout semble vide ici ? Elle plisse les paupières, fait un point mental sur sa situation. Death. Les soldats aussi cinglés que la créature. La médecin se redresse brutalement. Des étoiles surgissent devant ses yeux dans un voile noir. Une migraine se déclenche. Jusque-là silencieuse, la douleur explose dans son crâne et entraîne avec elle l’éveil des brûlures sur sa peau. L’avantage, c’est qu’elle se souvient. Après avoir fait un pas de trop, Callie a échoué. Death a vu en elle un insecte et s’en est débarrassé.

La jeune femme inspire longuement. Que penser de tout cela ? Héros ? Simple petite fille en mal de son heure de gloire ? Que vont penser tous les autres ? Qu’en est-il du comte ? De trop nombreuses questions auxquelles elle ne peut pas apporter de réponses.

Pour l’heure, Calliope se concentre sur sa situation. Sa tête pèse lourd mais c’est le cadet de ses soucis. Elle lève le bras gauche : il est intact. Sa glissade s’est donc passée sur tout son flanc droit. Son deuxième bras est couvert d’ecchymoses et d’égratignures, il est légèrement brûlé aussi. Ses vêtements sont déchirés sur la longueur : c’est la seule chose qui l’a protégée. La peau qui les entoure a retrouvé sa couleur naturelle : elles ne sont plus fraîches. Combien de temps a-t-elle passé inconsciente, seule, ici ? Callie soupire. Il est temps de regarder ce qui a dû le plus souffrir de cette cascade : sa jambe. La jeune femme lève sa robe en grimaçant et jette un œil à sa cuisse, puis ses genoux et enfin ses mollets. Sa peau est à vif, comme brûlée, surtout au bas de la cuisse, juste avant le genou. Un sourire nerveux naît sur ses lèvres : elle a beaucoup de travail.

Callie balaye la bâtisse du regard : ses bâtons sont tombés mais ils sont intacts, de même pour son petit sac. Elle le saisit et farfouille, jusqu’à trouver ses plantes médicinales. Leur contact risque de piquer, mais avec cela, les cicatrices apparaîtront très rapidement et les brûlures ne seront plus une gêne. La médecin entreprend donc de frotter les plus petites blessures et de faire des cataplasmes sur les zones brûlées. Elle grimace, mais serre les dents. Les patients les plus difficiles à soigner sont les médecins, c’est bien connu. Déjà parce qu’ils ne sont confrontés qu’à la maladie des autres, non la leur, mais aussi parce qu’ils n’aiment pas être soignés. Alors quand un médecin se soigne lui-même … il aime encore moins !

Une fois ceci fait, Callie se redresse progressivement, aussi lentement que possible pour ne pas relancer la migraine. Désormais lancinante, la douleur se tarit peu à peu, mais n’importe quel choc pourrait la réveiller à son maximal. Elle plie les jambes plutôt que de se pencher pour ramasser ses bâtons, réajuste son sac et entreprend de quitter la bâtisse. Un mauvais pressentiment l’habite.

***


Le bazar. Le bruit. Les blessés. Des gens, partout, avec des blessures parfois légères, parfois extrêmement graves. Une cellule de crise a été mise en place, pour que les infirmiers et autres médecins puissent venir en aide à tout le monde, mais ils sont totalement dépassés. Les blessés les bousculent, les insultent, leur donnent des coups parce que cela ne va pas assez vite. La panique se ressent toujours. Les civils, souvent des personnes issues d’une classe sociale supérieure à celle des médecins, ne se gênent pas pour rappeler leur place et exiger d’être soignés les premiers. Cela serait gérable, s’ils n’étaient pas plusieurs dizaines à le faire, agglutinés sur les pauvres soignants qui ne savent plus où donner de la tête.

En plus de cette nervosité, la peur a laissé des séquelles sur chacun d’entre eux : ils ne se sentent pas en sécurité. Death est parti, ses troupes aussi, mais ils sont tous persuadés que certains sont restés et vont revenir leur ôter la vie. Au fond, Callie comprend cette réaction, elle comprend également que tout le monde veuille être soigné le plus vite possible. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est l’irrespect général et l’inaction des médecins face à cela. Elle voit des éponges, qui encaissent, travaillent dans de mauvaises conditions et ne peuvent pas soigner correctement leurs patients. Partagée entre la colère et la bienveillance, la jeune novice s’approche d’une infirmière, qui court partout.
« Comment est le bilan ? Beaucoup de morts ? Les blessés, ici, ce sont tous ceux que vous avez pu sauver, ou vous comptabilisez la population entière de la zone ? »
L’infirmière s’arrête net et la dévisage, hébétée. Calliope parle comme une vraie médecin de guerre. Pourtant, elle est encore si jeune que cela marque un décalage conséquent entre les actions et la figure. Callie penche la tête, impatiente. L’autre femme cligne les yeux rapidement puis revient à elle.
« Pardonnez-moi, mais, vous êtes qui ? »
Calliope ferme les yeux et soupire longuement. Un large sourire naît sur ses lèvres et elle passe à travers l’infirmière. L’incompétente de première débordée, qui se laisse dépasser et qui est incapable de savoir où elle se trouve en temps de crise. Pas de temps à perdre. L’infirmière essaye de la rattraper et pose une main sur son bras blessé. Callie réprime une grimace et plante deux prunelles glacées sur elle.
« Ôtez vos mains de mon bras tout de suite. Ensuite, laissez-moi passer. Je vais parler avec votre supérieur, il sera peut-être moins stupide que vous. »
D’un geste, la novice se dégage et perce les défenses de l’infirmière. Une fois au beau milieu de la cellule de crise, Callie observe attentivement. Il y a trois médecins : deux hommes et une femme. Les hommes s’occupent des grands blessés tandis que la femme se charge des femmes et des enfants, mais surtout de ceux qui n’ont que de petites plaies. Les plus chanceux, donc. Mais des trois soigneurs, aucun ne semble détenir un bâton. Ils soignent à la force de bandages, potions et breuvages. D’un autre tour d’horizon, la novice repère une bonne trentaine de blessés autour d’elle. Des blessés qui vont de la petite coupure à la plaie béante, voire aux organes vitaux endommagés. Une cellule de crise qui traverse donc un véritable enfer. Mais, dans tout ça, impossible de savoir s’il y a d’autres blessés qui n’ont pas été ramenés ici.

Une femme se jette à son bras, larmoyante. La pression tremblante de sa main sur le bras de Callie lui fait comprendre sans un mot qu’elle est paniquée à un très haut point et qu’elle se retient de ne pas éclater dans une violente crise de larmes.
« Mon fils … Mon fils Emil, madame, il est là-bas ! »
Elle montre du doigt l’extérieur de la cellule de crise et répète, comme une litanie. Callie pose sa main sur celle de la femme et lui offre un sourire bienveillant.
« Tout ira bien madame. Je vais le retrouver. Donnez-moi quelques instants pour prendre des nouvelles de la situation et je m’en occupe. »
La mère relâche la novice et se confond en remerciements, qu’elle rabâche sans relâche, en plaçant tous ses espoirs dans ce si petit bout de femme.  La crise met l’Homme face à ses plus grandes peurs et le force à s’accrocher à n’importe quoi. N’importe quelle étoile, peu importe son scintillement, suffit à leur donner de l’espoir. Callie, nouveau visage vivant – bien que blessé – parmi cette troupe d’amochés semble être une envoyée d’Ashera.

La novice avance progressivement dans la foule, jusqu’à atteindre un des deux médecins. Elle observe sa patiente, une femme plutôt jeune, musclée, probablement combattante, qui a une petite plaie sur la figure et une énorme ouverture sur la cuisse. Le garrot maintient le sang, mais elle a l’air mal en point. Callie s’approche un peu plus et bloque les agissements du médecin d’un geste de la main. Elle brandit son bâton de Cure et le place au-dessus de la blessée. Le joyau rouge du bâton se met à scintiller, de plus en plus fort, jusqu’à ce que la lueur irradie totalement sur la plaie, qui se referme progressivement, jusqu’à disparaître, de même pour la blessure sur son visage.

Le médecin, à côté d’elle, lui lance un regard à la fois plein de remerciements. Callie en profite pour briser la glace et revenir à la raison principale de sa présence.
« Je peux panser légèrement les blessures de tous les patients présents si vous le voulez, en échange, j’aimerais des informations. Premièrement, combien de morts avez-vous comptés ? »
Il cligne des yeux rapidement, surpris. Cette adolescente parle comme si elle avait le monde au creux de ses mains et la capacité d’accomplir des miracles, alors que c’est une gamine. Il a envie de lui rire au nez, mais vu comme elle vient de soigner sa patiente, il hésite. Il décide finalement de mettre ses doutes de côté, un peu d’aide ne leur ferait clairement pas de mal.
« Une dizaine, bien que nous n’ayons pas fouillé toute la zone. Le sud, par exemple, est extrêmement sinistré et les blessés du nord prennent déjà tout notre temps. Cela dit, on pense que la majeure partie des personnes au sud sont décédées, si vous y allez vous risquez de ne trouver personne. »
Callie note : un si. Un énorme si quant à cette zone. Et ils n’y vont pas, parce qu’ils sont déjà occupés ici. Les effectifs manquent. Son père hurlerait si fort s’il était là. La novice hausse les épaules puis acquiesce.
« Eh bien, je vais mettre votre parole en doute et y aller, dans ce cas. Aucun risque n’est à écarter, nous sommes médecins. »
La tête froide, mature, réfléchie. Prête à partir pour sauver n’importe qui, parce qu’on ne sait jamais. Surtout qu’il manque un petit garçon. Le médecin ayant répondu à ses questions, Callie se place le plus au milieu possible de la cellule de crise. Elle place son bâton de Soin devant elle et appelle au calme.
« S’il vous plaît ! Pour que je puisse vous aider, même si c’est léger, il va falloir que vous restiez aussi calmes que possible ! »
Toutes les têtes se tournent vers elle. Que fait cette cinglée avec ce bâton ? Puis, dans la foule, une voix porte plus haut que toutes les autres, surplombe les murmures jusqu’à les écraser.
« Vous êtes celle qui nous a sauvés ! »
Callie tourne la tête, surprise. Tout le monde se tait et quelques vingtaines de paires d’yeux se fixent sur l’origine de la voix. Un homme, assez jeune, probablement la trentaine. Il est assis sur un lit, un bandage sur le bras, comme s’il avait esquivé le pire. La médecin cligne des yeux et fouille sa mémoire. Un sourire naît sur ses lèvres alors qu’elle parvient à le situer dans tous ces épisodes. Cet homme avait pris en charge toutes les personnes cachées dans la bâtisse lorsque Callie s’était interposée entre eux et Death. Il n’avait rien dit, seulement appliqué ses ordres. À cette heure, il devait sa survie à ce frêle médecin.
« Écoutez cette femme et aidez-la ! Elle est restée à parler avec le monstre, c’est ce qui nous a permis de fuir ! »
Les murmures s’élèvent pour devenir des chuchotements. Les yeux s’illuminent au regard de cette demoiselle. Si jeune, si petite, si fine, pourtant si courageuse, elle se tient devant eux pour leur venir en aide, encore une fois. Parmi les blessés valides, certains se mettent à l’applaudir chaleureusement, d’autres scandent « merci » encore et encore. La rumeur se répand vite, nul doute que l’exploit de Calliope sera entendu dans tout Tellius d’ici quelques semaines … La novice sourit, presque embarrassée, mais pleine d’une immense fierté. Son courage est reconnu, c’est le premier pas pour être un médecin militaire. N’avoir peur de rien. Même si, au fond, elle ne sait toujours pas comment ressusciter, ni à qui parler pour le savoir !

Le médecin s’interpose et rappelle les blessés à l’ordre, Callie est ici pour les soigner et elle a d’autres choses à faire par la suite. La novice le gratifie d’un sourire et ferme les yeux. La lueur du bâton est plus vive que précédemment, comme s’il chargeait quelque chose. Sa migraine revient de plus belle, amplifiée par l’effort et la force à ralentir l’incantation pour ne pas faire un malaise. Elle souffle, inspire longuement et poursuit, jusqu’à ce que la lueur émise par le bâton touche toutes les personnes autour d’elle. Certaines petites plaies se referment, des saignements cessent, des douleurs se calment. Tous, qui râlaient jusqu’à lors, sont désormais calmes, car ils ressentent le changement et n’ont plus l’impression que leur mort est imminente. Callie le sait, les personnes de la haute société sont assez douillettes de manière générale. La moindre blessure leur donne l’impression qu’ils vont décéder dans les prochaines heures, alors qu’il n’en est rien. De ce fait, tout le monde ici se sentira bien mieux dans cette ambiance que dans l’ambiance ultra pesante qui régnait auparavant.

L’infirmière que Callie a envoyé sur les roses la regarde, ébahie. Peu de soigneurs sont capables d’une telle capacité, elle le sait. D’un coup, elle se demande si elle ne devrait pas regretter son comportement vis-à-vis de la jeune femme. Pourtant, quand Calliope passe à côté d’elle et dépose une main sur son épaule, ses doutes s’évaporent.
« À vous, maintenant. Bon courage. »
Quant à la mère, elle n’a pas bougé, déjà assise sur son lit de fortune pour prier Ashera, en espérant que son fils soit toujours en vie.

Callie quitte la cellule de crise et se dirige droit vers le sud du comté. Son objectif ? Trouver un maximum de survivants et les ramener. Tous. Vivants.

***


Une hécatombe. Partout où les yeux se posent se trouve au minimum un cadavre. Des gens qui ont vaillamment combattu ou tenté de fuir. Des gens qui, peu importe ce à quoi ils aspiraient, ont trouvé la mort dans cette bataille. Ils n’avaient rien demandé, ils n’étaient même pas la cible initiale de Death. Leur seule malchance ? S’être trouvés à cet endroit, à ce moment. Callie avance à travers les décombres et les cadavres, à la recherche d’une âme vivante.

Une odeur de sang lui pique les narines. Avoir été entraînée en tant que médecin lui permet de ne pas vomir et de rester consciente. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui lui manque. Fuir lui semble être une excellente solution, mais son courage et son âme de docteur chassent cette idée aussi rapidement qu’elle est apparue. Il lui faut trouver au moins Emil. Ramener, au minimum, une bonne nouvelle. Elle prend son courage à deux mains et traverse, regarde les débris, surveille s’il n’y a pas quelque chose qui bouge dans tout ce bazar.

Dans le silence mortuaire qui plane sur la zone, un petit bruit retentit. Callie s’immobilise et se concentre sur l’origine. Le bruit retentit de nouveau. Un mouvement faible, qui fait bouger un cadavre parmi une pile. La novice s’y précipite. Après une longue inspiration pour se donner du courage, Calliope soulève un premier cadavre et voit un enfant au milieu. Une petite fille. Elle repousse les autres et s’en approche. La gamine se met à hurler. Un hurlement strident, suivi de larmes qui ne semblent pas pouvoir s’arrêter.
« Tout ira bien, c’est fini. », dit-elle calmement, gentiment.
La petite plante des prunelles émeraudes dans les saphirs de Callie et hoquette entre deux inspirations laborieuses. Elle a l’air perdue, soulagée, terrifiée, incapable de déterminer si ce qu’elle voit est un miracle ou une malédiction. La jeune femme lui laisse reprendre ses esprits, puis s’approche pour la sortir de ce calvaire. La petite fille lui tend les bras et se laisse saisir. Une fois contre le médecin, la gamine s’agrippe à elle et serre avant de se remettre à pleurer.
« Ma … ma maman … »
Callie lui caresse le dos lentement, pour que la pression redescende. Le traumatisme est encore frais. Se cacher sous les cadavres était une idée particulièrement intelligente, surtout vu la perspicacité de ses bourreaux. L’enfant se calme progressivement. Une accalmie dans la tempête, qui sera peut-être suffisante pour qu’elle s’exprime intelligiblement.
« Papa m’a emmenée, mais ils ont tué papa … Et maman était déjà partie … Tu sais, toi, où est ma maman ? »
Incapable de lui répondre, Calliope serre les dents. Son premier sauvetage s’annonce compliqué.
« Non, je suis désolée … Mais on la trouvera peut-être ? Comment tu t’appelles ?
— Je m’appelle Rebecca, mais maman m’appelle Becky. C’est elle qui m’a dit de suivre papa et de partir … tu crois qu’elle est vivante ? »
Des questions, des questions, mais aucune réponse. La médecin ne peut pas lui dire si elle est vivante ou non. Peut-être que sa mère se trouve dans la cellule de crise ? Pour l’heure, elle est impuissante et doit balader cette petite jusqu’à la fin des fouilles. Quel calvaire.
Calliope repose la petite fille. Une blonde aux longues boucles, avec une coquette robe bleue, maculée de sang. Elle doit être adorable, dans un contexte différent. Malheureusement, on ne contrôle pas le destin. La demoiselle sourit à Becky, avant de reprendre la parole.
« D’accord Becky. Moi, c’est Callie. On va voir si on trouve ta maman. Surtout, tu restes bien près de moi, d’accord ? »
L’enfant hoche la tête et enfouit sa petite main dans celle de Callie. Retrouver sa maman lui met du baume au cœur. Elle fait confiance à cette grande femme aux cheveux blancs, parce qu’elle a l’air gentille. Le traumatisme des cadavres empilés s’efface temporairement, remplacé par l’espoir que la médecin lui a donné. Rebecca se sent prête à tout braver si cela lui ramène sa maman.

La novice poursuit ses recherches à travers monts et cadavres. Elle a donné un petit foulard à la gamine pour qu’elle se couvre le nez et sente moins l’odeur de sang environnante, même si, après son aventure, son odorat doit y être habitué. Son objectif principal reste de retrouver un maximum de personnes, mais elle cherche en particulier Emil, qui lui a été réclamé.
« Regarde, regarde !! » crie alors Becky, en montrant du doigt, au loin.
Une ombre s’enfuit à toute vitesse derrière un arbre. Rebecca se met à courir aussi sec pour rattraper ce qu’elle a vu. Entraînée, Callie se retrouve à devoir accélérer pour ne pas la perdre. Arrivées à hauteur de l’arbre, les deux demoiselles tombent sur un enfant. Un petit garçon, apeuré, qui n’ose rien dire. Brun, haut comme trois pommes, avec de grands yeux marrons, perdus entre la peur et l’espoir. La gamine lui saisit la main et montre Calliope du doigt.
« Elle est gentille ! Elle m’aide à retrouver ma maman ! »
Le garçon ne bronche pas, il baisse simplement les yeux. La médecin en profite pour se rapprocher et se mettre à sa hauteur. Elle sait déjà qu’il a été témoin de bien trop de choses pour son jeune âge, mais son intuition lui dit qu’il y a quelque chose d’autre.
« Je m’appelle Callie, je suis docteur. Je soigne les bobos, même ceux qui font très peur. Et toi, comment tu t’appelles ? »
Il bougonne, hésite. Après un court silence, il se décide et saute le pas.
« Emil. »
Et c’est tout. Les yeux de la novice s’illuminent. Un grand sourire naît sur son visage. Emil. Son objectif est déjà presque complètement rempli. Rebecca caresse doucement la tête du petit garçon.
« Promis, Callie est gentille. »
Les prunelles brunes se baladent d’une fille à l’autre, sans trop savoir. Puis, dans un moment de silence et contre toute attente, Emil tend la main à Calliope. Il serre les dents, le visage crispé par les efforts qu’il fait pour retenir ses larmes.
« Là-bas … Il a besoin d’aide … »
Il tire avec maladresse sur les deux mains qui le tiennent, en direction d’un endroit encore plus au sud. Sa démarche est assurée. Bien qu’il ait peur, il sait exactement où il va et décide de faire confiance aux deux autres personnes vivantes sur son chemin. Callie s’attend à un grand blessé, quelqu’un de suffisamment amoché pour ne plus pouvoir bouger. En avançant, elle prend garde à ne pas trouver d’autres survivants. Malheureusement, il n’y a pas âme qui vive autour d’elle. Juste le silence. Un profond et odieux silence.

Une fois arrivés à côté d’une maison en retrait, Emil lâche les deux mains et se met à courir à toute allure. Une silhouette est assise contre la façade de la maison. De loin, Callie ne distingue rien d’anormal. Par contre, une fois suffisamment près, le constat est sans appel : cet homme est encore en vie grâce à un miracle. La Van Eriven s’approche à nouveau pour détailler les blessures. D’abord, des égratignures, des petites coupures et des ecchymoses parsèment l’intégralité de son corps. Cet homme a dû se retrouver au milieu de la mêlée et protéger un maximum de personnes. Calliope pose deux doigts sur sa jugulaire et compte son pouls. Faible. Il ne bouge pas, ne parle pas, ses yeux sont fermés. Un filet de sang sec colore ses lèvres. Mais la dernière blessure, la plus grande, est celle qui retient le plus l’attention du médecin. Une vaste ouverture au milieu du ventre. Le fait qu’il soit vivant montre qu’aucune fonction vitale n’a été trop atteinte. Callie s’installe, constate le sang qui entoure l’homme et tache ses vêtements. Il en a déjà perdu beaucoup. Elle ne pourra pas le soigner intégralement, ses réserves de magie ont été attaquées et, bien que la migraine ait baissé, rien ne dit qu’elle ne ressurgira pas. De ce fait, elle décide de le soigner juste assez pour lui assurer le trajet et avoir la certitude de pouvoir rentrer elle-même. La demoiselle saisit son bâton de Soin et demande aux enfants de reculer. Les yeux clos, elle se concentre et place le bâton au-dessus de l’inconnu. Les deux gamins sont ébahis, silencieux, ils regardent la lumière rouge irradier et fermer les plus petites blessures. Le sang ne coule plus de la plaie au ventre et elle semble bien moins profonde. Cela suffira. Pour la suite, Calliope choisit de lui appliquer un bandage avec des plantes médicinales, après quoi elle attend qu’il reprenne ses esprits pour lui indiquer la marche à suivre.

Ses yeux s’ouvrent progressivement, agressés par la lumière. Il grimace, râle, mais il va mieux. Il sait qu’il survivra. Il regarde d’abord Emil, puis Rebecca et enfin Callie. L’inconnu arque les sourcils, il ne connaît qu’un visage autour de lui. Pourtant, son état lui assure qu’il n’est pas en danger. Il sourit du coin des lèvres.
« Merci beaucoup. »
Callie hausse les épaules. Rien ne lui est dû.
« Dîtes merci au petit, c’est lui qui m’a menée jusqu’à vous. Toutefois, j’ai peur de vous décevoir mais nous devons rentrer au camp.Votre blessure est suffisamment refermée pour que vous puissiez marcher, mais il vous faudra du repos et l’assistance d’un autre médecin. Vous n’êtes pas mon premier patient du jour. »
Il hoche la tête et pose ses deux mains sur le sol, pour s’appuyer. Au départ, ses mouvements sont rigides, il ne parvient pas à se relever. Puis, progressivement, il retrouve son assurance et se redresse. Il souffre, c’est certain, mais il ne risque rien. Le trajet n’est pas suffisamment long pour que cela lui soit dangereux et il est entre de bonnes mains. Mains fatiguées, mais mains de médecin, tout ira bien.
« Je ne vous ai pas demandé votre nom … » fait-il à Callie, avec un sourire charmeur.
La novice lui lance un regard indifférent, absolument pas affectée par son numéro. Des patients casse-cou qui se jettent au-devant du danger, elle en voit tous les jours. Dragueurs, par-dessus le marché ? Encore plus. Il est mal tombé.
« Callie. »
Simple, efficace. Il sent que son petit numéro n’a pas pris, alors il commence à marcher et fait comme si rien ne s’était passé. Basique.
« D’accord, moi c’est Edward. Merci encore. »
Leurs rapports redevenus des rapports de médecin à patient, Calliope décide de s’approcher, au cas où il aurait besoin d’aide pour avancer. Les enfants restent à côté d’elle, surtout Rebecca. Ses espoirs de retrouver sa mère grandissent à mesure qu’ils se rapprochent du camp où se trouvent tous les autres.

La traversée est longue et légèrement fastidieuse mais ils finissent par arriver à bon port. La mère d’Emil, à qui Callie avait promis de retrouver son petit, se jette à ses pieds. Elle prend son enfant dans ses bras et se confond en mille remerciements, au point que la médecin finisse par la fuir avec une excuse bidon mais très polie. L’un des deux médecins, celui à qui Callie avait parlé avant de partir, revient vers elle et jette un regard au blessé.
« On s’en occupe. Merci beaucoup, mademoiselle. Vous nous avez été d’une aide précieuse, presque tous les blessés sont complètement soignés. Nous déplorons la perte du Comte mais nous avons sauvé un maximum de personnes. Encore merci. » Il marque une pause. « Je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de me présenter tout à l’heure. Je suis Cless, médecin en chef de cette petite unité, mes deux autres partenaires, Levi et Alice, sont autant mes apprentis que mes égaux. Nous travaillons ensemble depuis très longtemps. »
La blanche lui offre un sourire poli en hochant la tête. Une fierté grandissante naît en elle. Sa présence aura été utile dans tous les sens du terme, autant contre Death que pendant l’après Death. Si jeune, si novice et pourtant si prometteuse. Elle penche la tête, son sourire devient plus franc, plus doux.
« Je m’appelle Calliope Van Eriven, de la grande famille de médecins militaires de Begnion. Ravie d’avoir pu travailler avec vous. Et surtout, merci de m’avoir accordé votre confiance ainsi. »
Ses manières presque nobles la mènent à effectuer une petite courbette. Maintenant qu’elle a mentionné ses origines, elle se doit de faire encore meilleure impression, par respect pour sa famille mais aussi par ego. La fierté Van Eriven, quelque chose de peut-être trop grand.
« Vous m’excuserez, il me reste une dernière mission. »
Elle prend ainsi congé, à la recherche de la maman de Becky. La petite main réchauffe la sienne. Une excitation douloureuse secoue la gamine, qui regarde partout, absolument partout. Perdre sa mère serait le coup de grâce. Et puis la petite main serre. Elle serre la grande main à en bloquer la circulation sanguine. Elle la serre, serre, puis la lâche, et la petite fille disparaît en courant.
« Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ! » crie-t-elle en courant à toutes jambes, des larmes plein les yeux, dans les bras de sa mère.
Une femme aussi belle que douce accueille l’enfant et la prend dans ses bras, rassurée de l’avoir retrouvée. Un gros câlin plus tard, la blonde se lève et vient jusqu’à Calliope. Ses prunelles bleues brillent de larmes, comme la petite fille. Elle comprend rapidement que sa fille est la seule survivante de sa famille. Retrouver son enfant est un soulagement, perdre son mari une peine immense. De ce fait, elle oscille entre le soulagement et le chagrin, mais se contente de remercier chaleureusement son héros du jour et tenir la face pour Rebecca. Callie pose une main bienveillante sur son épaule.
« Je suis désolée … Mais tout ira bien. Cette petite veillera sur vous, j’en suis certaine. »
La mère hoche la tête et déglutit, pour retenir les larmes qui menacent. Becky lui redemande de l’attention, alors elles commencent à s’éloigner.
« Merci beaucoup madame Callie ! Tu es la meilleure ! »
La médecin lui fait un petit clin d’œil et ébouriffe ses magnifiques bouclettes, avant de faire demi-tour. Il est temps de repartir.

Avant de sortir, Cless la retient par le bras et lui tend des potions ainsi que de nouveaux bandages.
« Encore merci pour tout mademoiselle Van Eriven. N’hésitez pas à revenir nous voir à Criméa si vous avez besoin de conseils en médecine ou simplement de parler de vos aventures … Vous avez l’air de vous plonger face au danger la tête la première … Faîtes attention à vous. »
Callie lui adresse un sourire jusqu’aux oreilles.
« Je vous le promets. »
Elle lui offre une dernière courbette et s’en va.
Son voyage reprend, un voyage long et déjà parsemé d’embûches et d’exploits.
Un voyage incroyable qui ne fait que commencer.





Courage is the magic that turns dreams into reality.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Hedwige Wyndalis
Admin'. Mystical Owl Eldritch - Alias Moe.
Messages : 39
Age : 25
Classe : Initié
Localisation : Sienne, Begnion.
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 29 Juil - 11:05
Bien !
Notation et commentaire sur ta rééval incoming.
franchement, j'ai beaucoup aimé. Y'avais de l'émotion, Callie ressent bien le trauma du passage de Death je trouve. le passage où elle se soigne, quand elle a mal au crâne, son envie de vomir devant le massacre… Même si en général, quand on a les jambes en vrac, on a plutôt tendance à pas les plier pour se baisser justement x)
Sinon, pour le reste, y'a p'tetre un ou deux trucs qui m'ont perturbée dans ma lecture. Genre une phrase qui manquait d'une fin, une couleur de parole que t'as planté (a un moment tu fait parler la petite fille en blanc, du coup ca m'a perturbé un moment).
Un autre truc, c'est que Callie a quand-même beaucoup de chance… On lui demande de retrouver UN enfant, et comme par hasard, elle le retrouve au milieu d'un massacre sans nom avec seulement deux autres survivants. Et comme par hasard, la mère de l'autre enfant qu'elle retrouve est elle aussi vivante… Ca sent un peu trop la chance à mon goût, j'aurais bien aimé qu'ils ne retrouvent pas soit Emil, soit la mère de Becky, ca aurait rajouté du réalisme je trouve.
Par contre, j'ai beaucoup aimé le blessé dragueur, il m'a fait bien rire, surtout qu'il s'appelle Edward quoi xD

Pour conclure, je te donne la note très appréciable de 19/20 ! Parce-que ton texte avait beauuuucoup de bonnes choses. Enjoy ton lvl up !


« Je m'efforce d'apporter la paix entre les peuples. »
L'ambassadrice parle en #ffffcc.
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fire Emblem — Dawn of Destiny :: Gestion :: Réévaluations-
Sauter vers: